Aujourd’hui, je suis ravie de vous partager une nouvelle interview écrite d’une mèreveilleuse maman de trois enfants, Caroline, qui est éducatrice de jeunes enfants et pédagogue en éducation positive.
Une fois n’est pas coutume ! Nous nous sommes rencontrées sur les réseaux et voici le fruit de nos échanges …
En quelques mots, qui es-tu Caroline ?
Depuis 38 ans je suis tour à tour une fille, une sœur, une mère, une femme et une amie. Je suis une grande passionnée de la vie sous toutes ses formes.
Je suis de celles qui s’extasient devant deux limaces en train de copuler ou encore celles qui regardent très (trop) longtemps la lumière passer entre les branches dans la forêt.
Peux-tu nous parler de tes trois (re)naissances en tant que mère ?
La première fois, j’avais 22 ans. J’étais encore une enfant. Je suis née fille à 23h05 et je suis née mère un 23/05. Ce signe de ma renaissance m’a toujours émerveillée. J’ai toujours voulu être mère. Ma mission était d’avoir des enfants, de transmettre, de m’élever à leurs côtés. Et je n’en espérais pas tant !!!
J’avais imaginé une naissance physiologique mais mon manque de connaissances de moi-même et de la naissance m’a menée à un très bel accouchement sous péridurale, complètement médicalisé où les poussées étaient dirigées tellement je ne sentais rien.
Je ne pouvais pas espérer mieux à l’instant T. Nous avons mis en place un allaitement pendant 11 mois, entremêlé de R.E.F. « Reflux d’éjection fort », de nuits courtes et de découverte de ma matrescence.
Elle m’a tout appris.
Encore aujourd’hui, je m’excuse de lui avoir fait « subir » mon ignorance. Personne ne pouvait approcher mon bébé, même ma maman a mis six mois pour pouvoir la garder deux heures de temps. Je n’avais pas confiance en moi, je tâtonnais et il m’était impossible d’avoir confiance en l’Autre.
Trois ans plus tard, j’ai mis au monde mon fils. Il est né au même moment où j’écoutais à la radio Balavoine chanter « Mon fils, ma bataille » (… et oui la maternité où il est né était câblée
sur Nostalgie et ça m’allait bien!!).
Le premier garçon.
Il nous a appris qu’on était aussi capable d’élever un garçon,
alors que nous sommes cette famille de filles, avec sa sœur et ses cousines. Sa naissance a été beaucoup plus fluide. Je connaissais très bien la sage-femme qui m’accompagnait.
J’avais confiance en elle et elle avait confiance en moi.
Après un long bain, j’ai pu rester mobile jusqu’à la péridurale, faiblement dosée cette fois-ci ! Je suis passée de 5 à 10 cm en une heure. Je regardais les mains de la sage-femme qui ne bougeaient pas.
Elle m’encourageait mais n’intervenait pas.
« Arrête de pousser ! » m’a-t-elle dit avant d’enlever le cordon autour du cou de mon bébé. J’ai ensuite continué à faire venir mon bébé dans notre monde sereinement et à notre rythme.
Je me suis rendue compte que je n’avais besoin de personne.
Elle ne m’avait pas
accouchée !
Je venais de le faire seule.
Et alors que je pensais en avoir terminé avec la maternité, l’idée d’un petit dernier
s’est installée, tranquillement puis solidement avant de germer. C’est dans la surprise la plus totale (et après que m’a sœur ait fait un soin pour « laisser la place ») qu’on a annoncé cette nouvelle grossesse à nos proches.
Six ans après mon fils et neuf ans après ma fille, je suis redevenue mère pour la troisième fois.
Je voulais expérimenter mes capacités jusqu’au bout. Je savais que j’en étais capable.
Après de longues conversations en famille : tous ont validé mon projet de naissance. Cette fois-ci, je ne laisserai pas de place aux doutes. J’ai tout appris : chaque étape, chaque phase du processus, chaque millimètre de mon corps. Et je me suis fait confiance.
Je savais que le temps serait mon allié. Plutôt que de le voir comme un obstacle à notre rencontre, je me répétais :
« Chi va piano, va sano ! »
De la première contraction, à 4heures du matin (comme pour mes ainés), à la naissance, il s’est passé 27 heures. Pendant ce temps, j’ai accueilli, chaque contraction, chaque pause, chaque évènement, chaque moment de ressource.
Puis je me suis laissée emporter dans le vortex de la naissance, au milieu du salon, dans une piscine. Je venais de me connecter à la puissance de milliards de femmes avant moi.
J’ai enfanté.
J’ai vécu le St-Graal de ma maternité avec le portage, un allaitement non écourté, de 5 ans,
avec la pratique du cododo, l’utilisation des couches lavables, la diversification menée par l’enfant… tout y est passé !
Rien, ni personne, ne pouvait m’arrêter.
Après ce que je venais d’accomplir, j’avais l’audace d’assumer chacun de mes choix.
Ma confiance en moi était décuplée et j’avais, par conséquence, confiance en l’Autre.
Je pouvais laisser ma fille à garder sans difficultés car je savais qu’elle savait que c’était moi sa maman et qu’on avait une confiance réciproque l’une envers l’autre.
Comment décrirais-tu ton cheminement entre ta première et ta dernière naissance de maman ?
J’ai tellement mûri ! 10 ans se sont écoulés et tout a changé (sauf le papa !! )
J’ai appris autant professionnellement que personnellement. Toutes mes recherches pour développer la professionnelle que j’étais me faisait réfléchir et avancer sur mon rôle de maman.
Je suis passée d’une « maman youpala » à une maman 100% motricité libre

Quel a été l’élément déclencheur dans ta vie pour passer d’une naissance en milieu hospitalier à une naissance à ton domicile ?
La naissance d’une petite fille dans le village voisin m’a fait prendre conscience que c’était possible et que mes seules barrières étaient mes croyances.
Les mains immobiles de ma sage-femme lors de ma deuxième naissance m’ont prouvée que j’étais capable de le faire seule avec le soutien inébranlable de mon homme.
Quel est ton regard aujourd’hui sur la façon dont on naît mère en France ?
On naît mère dans la solitude. Bien qu’entourées par une multitude de professionnels, à l’intérieur d’elles, les mamans sont seules.
On veut leur faire croire que l’indépendance et l’autonomie sont les clés de la maternité alors qu’on les infantilise et que l’on met sous silence leurs véritables besoins.
Je ne pense pas qu’il faille un village pour élever un enfant ! Une mère suffit ! Par contre, il faut tout un village pour accompagner une maman !
Tu proposes un « accompagnement à la maternité consciente ». Peux-tu nous dire en quoi cet accompagnement te paraît être différent de celui que l’on a dans un parcours classique en maternité et en quoi consiste-t-il ?
La préparation classique à l’accouchement explique de manière généralisée quand partir, ce qu’il faut prévoir… Ce que je propose dans mon programme, c’est un levé
de voile sur les tabous notamment.
Il m’est trop difficile d’entendre après chaque naissance traumatisante « l’essentiel
est que bébé aille bien ». Oui ! mais non…
Ou encore « mais je ne pouvais pas savoir »… et bien si ! Il y a plein de choses à savoir
avant d’enfanter, et ce sont toutes ces choses-là que j’ai décidé de présenter dans ce programme.
J’aborde, entres autres sujets, les enjeux de la naissance, la préparation émotionnelle de la future maman, les différentes étapes du travail, la gestion de la douleur, les positions d’accouchement, la naissance en elle-même et évidement, le grand oublié des préparations classiques : le post-partum.
DECOUVREZ LE PROGRAMME DE CAROLINE EN CLIQUANT SUR CE LIEN
Quel(s) message(s) aimerais-tu faire passer à travers cet échange aux (futures) mamans qui nous lisent ?
Qu’il est essentiel qu’elles se fassent confiance, qu’elles s’écoutent et qu’elles se connectent à leur cœur. Si elles doutent, qu’elles écoutent leurs cœurs, eux savent.
L’ouverture d’esprit aussi (et non, ce n’est pas une fracture du crâne !). Il s’agit vraiment de réfléchir par soi-même et d’avoir un esprit critique développé. Ce n’est pas parce qu’un maximum de personne le fait que c’est la meilleure solution.
Au niveau de l’éducation et/ou de l’enfantement, faire ses propres choix en conscience est primordial. Pour les mamans et pour les enfants.
Une naissance respectée permettra au bébé d’arriver à son rythme car c’est la première fois qu’on lui fait confiance… J’ai le même raisonnement concernant la sororité, ou le patriarcat.
Reprenons notre pouvoir de femmes, dans nos cœurs et dans nos corps.
Élevons nos enfants comme nous les aimons, avec respect et considération.
Ils ne nous doivent rien. C’est à nous adulte, parent, maman, de les accompagner et leur montrer la Voie.
S’agissant de ta casquette professionnelle, tu es assistante maternelle, éducatrice jeune enfant depuis plusieurs années et tu as décidé de devenir coach parental récemment. Peux-tu nous décrire quelles sont les raisons qui t’ont amenée à accompagner les parents ?
C’est l’évolution logique de mon travail auprès des enfants qui m’a conduite à travailler en collaboration avec les parents. J’ai passé mon C.A.P. Petite Enfance après la naissance de mon ainée. Faute de poste en structure, j’ai demandé mon agrément d’assistante maternelle. J’ai alors ouvert, après la naissance de mon fils, une maison d’assistantes maternelles. J’ai passé dix années à accueillir entre huit et douze enfants par jours. Mon regard sur l’enfant a évolué davantage avec la naissance de ma dernière fille. J’ai choisi un parcours de V.A.E. (validation des acquis de l’expérience) pour obtenir mon diplôme d’état d’éducatrice jeune enfant.
Je me mets quotidiennement à hauteur d’enfant, physiquement et psychologiquement, pour pouvoir les comprendre et les accompagner au mieux. A chaque obstacle, je fais appel aux parents. Ils sont leurs premiers éducateurs, ils sont responsables d’eux, même émotionnellement parlant. Je me suis régulièrement aperçue que la difficulté pourrait être solutionnée voir évitée si les parents avaient plus de clés et de connaissances sur l’enfant.
C’est donc naturellement qu’une partie de mon travail s’est orientée vers eux. Et plus j’avance, plus je remonte à l’origine de certaines problématiques qui trouvent leurs origines dans la grossesse et/ou la naissance… d’où la création de mon programme d’accompagnement à la maternité consciente. Avec toujours comme objectif : le bien-être émotionnel de l’enfant.
Peux-tu nous dire en quoi consiste ton accompagnement ?
Les parents me font part de leur(s) problématique(s) puis je décrypte avec eux l’environnement autour de cette situation. J’analyse et échange avec les parents sur les différentes causes possible.
Je les initie à l’observation active pour qu’ils puissent, par eux-mêmes trouver l’origine de la problématique Je les invite à expérimenter d’autres perspectives. On débriefe ensemble sur les
résultats. L’accompagnement peut prendre différentes tournures suivant si la maman fait la démarche seule ou si c’est le couple qui consulte ensemble. C’est vraiment une démarche familiale où chaque membre doit accepter de remettre ses pratiques en question.
Le plus souvent, les parents viennent me voir pour trouver une solution au problème de leur enfant. Ils se retrouvent vite désarmés quand ils comprennent que c’est à eux d’initier le changement. Je les mets rapidement en confiance en leur expliquant que leur bonheur est entre leurs mains.
Penses-tu que la parentalité actuelle est carencée, désorientée, démunie ? Si oui, quel est le constat que tu observes dans le suivi que tu fais auprès des parents ?
Nous arrivons aujourd’hui à un point de non-retour au niveau de la parentalité. La violence a tellement la part belle et est tellement banalisée que nous sommes obligés de parler d’éducation positive pour qualifier ce qui devrait être la normalité.
L’éducation positive devrait être un pléonasme, malheureusement, aux yeux de beaucoup de personnes, il s’agit d’une lubie à la mode. Nous en sommes au stade où les personnes sont conscientes quelles ont a guérir leur enfant intérieur, blessé par une éducation violente (physiquement, verbalement,
négligence, mis à l’écart…).
La société a fait le tour de cette éducation par la peur, on aimerait faire autrement mais malheureusement, c’est difficile de faire ce que personne ne nous a appris.
Aujourd’hui, on parle de parentalité bienveillante, parentalité positive, parentalité en conscience… on a parfois l’impression de s’y perdre et surtout sur-contrôler les enfants et leurs états d’âmes. Qu’en penses-tu ?
Je pense qu’on se cherche des excuses. Si penser avec le cœur est difficile, on va dire que ça ne fonctionne pas et qu’il faut revenir à une éducation coercitive. Depuis toujours on veut rentrer dans des cases. On veut mettre les enfants dans des cases et si en plus elles sont jolies, ça fait plaisir à nos petits cœurs de parents. Mais élever un enfant, c’est lui transmettre nos valeurs tels que le respect, l’amour et
l’empathie. Accueillir l’émotion de son petit c’est lui permettre d’être celui qu’il est, dans sa globalité.
Pour qu’un enfant puisse se développer sereinement, il a besoin d’être dans une relation d’attachement sécure avec ses parents. Si l’enfant craint son parent ou s’il se sent délaissé (un manque de cadre peut créer ce sentiment), il ne sera pas en sécurité affective. Cette faille va engendrer en lui un comportement où il compensera ce manquement.
Quels sont, selon toi, les maux dont souffre notre société aujourd’hui pour devoir accompagner les parents dans l’éducation de leurs enfants ?
En premier lieu, je dirai que la société souffre d’amnésie. Les adultes ont oublié ce qu’est d’être un enfant. Ils ont oublié les étoiles dans les yeux et les inquiétudes grandissantes.
Ils ont oublié l’importance de l’amour et du réconfort. Ils ont oublié surtout comment expérimenter et vivre pouvait procurer du plaisir. Ensuite la société a le mal du pouvoir. Avoir toujours plus, dominer, gérer… C’est un véritable problème quand on sait que la seule importance aux yeux des enfants c’est le « ETRE ». Les enfants se fichent d’avoir les jouets « derniers cris » si personne n’est là pour en profiter avec eux. Ou encore avoir une chambre ultra-moderne pour enfermé un enfant à chaque punition est tout autant inutile. La société n’est pas adaptée aux enfants. Très peu d’infrastructures sont réfléchies pour eux. Leurs bruits dérangent. Les parents veulent alors les faire taire plutôt que de les laisser s’exprimer. Ils n’ont pas de filtre. Ils sont entiers. Ils sont vrais.
Se plier aux contraintes des adultes sans considérer leurs besoins est une difficulté quotidienne.
Surtout, la société souffre de son image. La parentalité parfaite, l’image de la maison rangée, de la maman apprêtée dans son petit 36 et toute la jolie famille idéale. La jeune maman qui brille dans son foyer, dans son travail et dans son couple en même temps.
Mais la parentalité ce n’est pas ça !
Je rêve de voir des familles abritant plusieurs générations où les femmes partageraient à nouveau leur temps, leurs savoirs et leurs expériences sans avoir peur d’être jugées.
Quel(s) message(s) souhaites-tu transmettre aux (futurs) parents qui nous lisent ?
Entourez-vous !!!
Créez votre propre village avec votre famille, vos amis, des professionnels, des groupes de femmes. Il ne faut pas avoir peur de demander de l’aide. Au contraire, l’union fait la force. C’est en mettant en avant l’amour, au cœur de chaque réflexion que nous ferons avancer le Monde. C’est normal de ne pas savoir, on apprend avec le temps, avec l’expérience et c’est très important de ne pas rester dans l’ignorance.
Pour terminer, Caroline, as-tu un mantra, une devise, une phrase fétiche qui te porte autant qu’elle t’apporte et que tu souhaites partager avec nous ?
« Savoir c’est pouvoir ».
Quand on se donne les moyens de comprendre, d’aller de l’avant, d’ouvrir nos œillères, d’apprendre encore et toujours, on est alors en capacité de réfléchir par nous-même et de prendre nos propres décisions. Quand cela concerne mon corps ou mes enfants, j’éveille encore plus mon esprit critique à prendre le dessus pour que je sois en capacité de faire mes choix, en conscience.
POUR EN SAVOIR PLUS SUR CAROLINE
Je vous laisse découvrir son compte Instagram et les liens qu’elle partage dans sa bio pour découvrir ses accompagnements. Je vous laisse lui écrire sur ce réseau social si vous souhaitez davantage de précisions sur ses accompagnements.
Je découvre ici le compte Instagram de Caroline
Un immense MERCI Caroline, d’avoir pris le temps de répondre à mes questions en toute sincérité et authenticité. Que tes mots résonnent au plus près des femmes d’ici et d’ailleurs…